Une élève m'a dit : "Je veux être escort pour gagner 20.000 euros comme Zahia"

Témoignage- Alors que Zahia se chamaille avec Nabilla, Fatima Aït-Bounoua, professeur de Lettres modernes en Seine-Saint-Denis, prend un peu de recul pour analyser la fascination engendrée par celle qui est devenue "un phénomène". Quel exemple sa valorisation par les médias donne-t-il aux ados ?

Zahia Dehar

En février 2013, Paris Première diffusait le documentaire-hommage du réalisateur Hugo Lopez au sujet de Zahia : "Zahia de Z à A".

Zahia apparaît telle une Marie-Antoinette moderne sur un fond rose et sucré. "Paris Match", le magazine des familles royales, avait fait, en premier, sa une avec "La scandaleuse" et le très sérieux magazine "Libération Next" avait consacré, en février 2012, un dossier à la jeune femme avec comme sous-titre "Un conte moderne" sans point d’interrogation….

Alors, quand une ado de 13 ans confie à un professeur qu’elle rêve d’être "escort" pour gagner "20.000 euros par mois comme Zahia", comme me l'a dit récemment une élève, que peut-on lui répondre ? Que répondre quand, face à vous, les magazines et les reportages font de Zahia une "icône" ? Dans ces articles, tout se passe comme si, en creux, la prostitution d’une mineure n’était qu’un passage, presque recommandé aux filles pauvres puisque la reconnaissance sociale est au bout…

La prostitution de mineure, un petit sacrifice temporaire ?

Nombreux sont celles et ceux qui ont été étonnés par les articles dithyrambiques et l’enthousiasme unilatéral suscités par cette jeune femme mise en lumière par un scandale sexuel de prostitution de mineur. En quoi l’apologie médiatique du "phénomène Zahia" est-elle troublante ?

Le problème n’est pas Zahia, l’individu, mais le "personnage Zahia" encensé par les médias. On peut comprendre la tendresse d’Isabelle Adjani pour cette jeune femme et la fascination des photographes pour ses courbes… mais les autres ?

Ce qui surprend, c’est le traitement médiatique du "personnage Zahia". Tout se passe comme si nous suivions l’ascension normale et admirable d’une jeune des quartiers populaires devenue créatrice de mode à la force de son travail : "Des quartiers populaires à la grande vie parisienne". La presse semble oublier qu’il s’agit, au départ, de prostitution de mineure. Tout se passe comme si cela n’était pas grave, on l’évoque rapidement, et on s’attarde sur sa nouvelle vie de "rêve".

Mais alors, si ce n’est pas grave, pourquoi une gamine de 14 ans, en voyant ce résultat spectaculaire, ne tenterait-elle pas, elle aussi, ce "petit sacrifice" temporaire ?

"Tu es mon modèle"

Les contes de fées sont là pour structurer l’imaginaire des petits. Mais alors, est-ce anodin qu’en 2013 les médias proposent ce "conte moderne" ?

Est-il anodin de proposer de devenir Zahia, présentée comme une princesse de conte, une Cendrillon qui passe de la misère aux lumières d’un luxueux appartement présenté dans le documentaire d’Hugo Lopez. Zahia est-elle un "modèle de réussite" comme un autre ?

En insistant, sans nuances, sur cette "réussite" ne fait-on pas naitre le déclic du "pourquoi pas moi ?". Une adolescente qui a vu sa mère trimer comme femme de ménage pour moins de 1.000 euros par mois et qui vous dit : "Zahia a eu raison. 1.000 euros, c’est même pas le prix d’un de ses sacs !". Que répondre à cette enfant qui a grandi dans une société qui donne plus de valeur aux portefeuilles des êtres qu’à leur intégrité ?

Par: Fatima Aït-Bounoua, professeur de Lettres modernes en Seine-Saint-Denis

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